#monanalyse

Des pages de dessins en noir et blanc sur Bobby Fisher

Une lecture de Bobby Fisher, une bande dessinée de Julian Voloj (dessins) et Willian Wagner (scénario), traduite en français par Antoine Chainas, paru en septembre 2021 aux éditions Les Arènes.

#monanalyse
le 8 OCTOBRE 2021,

Bobby Fisher a eu deux vies, environ moitié-moitié. Ou peut-être juste une seule. Peut-être que sa deuxième vie ne fut, tout compte fait, que la version… disons… décomplexée de la première. D’autres obsessions. Ou juste la paranoïa installée bien avant 1972, comme l’a diagnostiqué la Faculté.

Il n’est pas dans les miennes, de facultés, d’en juger. Moi je n’étais qu’un humble joueur d’échecs quand j’étais ado, dans les lointaines années quatre-vingt, et ce n’est pas Fisher à qui je voulais ressembler.

Bref, j’ai lu le roman graphique sobrement intitulé « Bobby Fisher », des germano-brésilien Wagner Willian et Julian Voloj.

Bobby Fisher, une bédé et son livre culte
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Ce livre-ci m’a fait coucou dès que j’ai ouvert la liste des parutions que @les_arenes a eu la bonté de me faire parvenir. J’aurais bien tout pris mais après il aurait fallu tout lire et mes journées n’ont que vingt-six heures…

Un roman graphique, en noir et blanc, comme l’échiquier, avec une partie des planches composées en carrés comme l’échiquier itou.

La vie de Bobby Fisher est éminemment romanesque. À croire qu’il l’a vécue exprès pour faciliter l’enrichissement de ses biographes.

Depuis la jeunesse progressivement envahie par l’obsession des échecs, les premières parties perdues, le match contre Samuel Reshevsky, meilleur joueur américain d’avant Fisher. L’occasion d’ailleurs pour moi de ressortir des archives mon exemplaire de My 60 best games du si modeste Bobby, un exemple pour nous tous qui luttons avec notre ego quotidiennement.

Fisher-Reshevsky, 1961
Fisher-Reshevsky, 1961
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Puis le match légendaire à Reykjavik gagné contre Boris Spassky, l’homme au plus merveilleux brushing de l’Histoire des 64 cases, puis la disparition de la scène alors qu’il n’a pas 30 ans, et le titre perdu officiellement et sur tapis vert en 1975 contre Karpov (Anatoli, et non le méchant dans « Le Magnifique ») en raison de dissensions comptables.

Commence alors cette seconde vie de dingueries nazies et d’un anti-américanisme primaire à faire pâlir Kim Jong-un et Hugo Chavez réunis. Le 11 septembre 2001, ils sont deux abrutis à se réjouir bruyamment des quatre avions détournés et des milliers de morts : Ben Laden et Bobby Fisher. Ça déclasse son homme.

Le roman graphique de Willian et Voloj reconstitue méticuleusement tous ces épisodes plus ou moins oubliés. Sa mère surveillée par le FBI en raison des contacts avec l’URSS. Ce match de la revanche en 1992 contre Boris Spassky que j’avais totalement effacé de ma mémoire. C’est pas beau de vieillir. Un match organisé au Monténégro par un affairiste serbe en plein embargo international dans les Balkans : Bobby Fisher a du mal avec la modération.

Fisher - Spassky à Reykjavik, 1972
Fisher - Spassky à Reykjavik, 1972
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On pouvait penser que tout avait été écrit sur Bobby Fisher, le gars dont la première partie de vie n’a été vécue que pour faire la promotion des échecs pour au moins deux générations, et la seconde vécue juste pour être oubliée.

Il se murmure même que ladite vie (la première) aurait inspiré Walter Tevis écrivant « Le Jeu de la dame ». Ou encore « La diagonale du fou » (c’était la première fois que j’allais au cinéma tout seul). Ou même « Schwarz und weiß wie Tage und Nächte », le film allemand et culte, affreusement traduit en « L’échiquier de la passion », alors que noir et blanc comme les jours et les nuits raconte bien plus précisément ce qui se passe dans la tête d’un joueur d’échecs obsédé comme le fut Fisher.

En revanche, Bobby est sans doute parfaitement innocent concernant l’épisode de Columbo où le supposé champion du monde se fait mettre mat en 3 coups après avoir joué f4 puis g4. Ce que le premier gamin venu ne jouerait pas. Ou alors juste une fois. Pas deux. Pas champion du monde.

Mais je m’éloigne du sujet. C’était quoi le sujet, déjà ?

Ah oui, les échecs, le monde en noir et blanc, sur 64 cases, où un gamin a brûlé sa vie et celle de plein d’autres. Et désormais noirci les pages d'un beau livre.

 

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