C'est un bien drôle de bouquin et en même temps un bouquin très drôle. Quand les conséquences de la bonne blague de la candidature gynarchique dépassent son autrice, et que celle-ci tente de diriger sa campagne électorale comme une séance BDSM, à la cravache, avec le soutien de ses collègues travailleureuses de la chose... quand le soumis principal a perdu le sens de sa vie, ou bien le trouve - c'est juste une question de point de vue... Véritable vade me cum indispensable pour les kinksters modernes, Abusive est LE livre qu'il faudra avoir lu pour comprendre où en est l'humaine condition en 2027. L’interview de son autrice par le non moins indispensable Maître Roger s’imposait donc.
#monanalyse
le 24 MAI 2026,

L'interview de Valérie Branko

Bonjour Valérie, qui es-tu, où vas-tu ?

À la base, je suis journaliste sous un autre nom. Fût un temps, j’ai couvert la politique. Puis je me suis sentie plus utile en m’intéressant aux sexualités, aux genres et au féminisme. Aujourd’hui, il est plus facile pour moi de dire ce que j’ai à dire en passant par la fiction.
Où je vais ? Je descends à la poubelle, jeter la litière de Minette, la domina velue qui règne sans partage sur mon canapé. Douce servitude volontaire...

Ah oui, je connais bien cette servitude comme tu l’as sans doute vu en zieutant mon légendaire compte Instagram.
Devons-nous craindre un jour que ces bestioles passassent à l’acte ?

Trop tard ! Elles ont mis les humains sous emprise. Il suffit de voir la folie des vidéos de chats sur les réseaux sociaux.

En effet, mon légendaire compte Instagram en est lui-même une preuve depuis environ 15 ans.
Tu viens d’auto-publier Abusive chez Amazon : quand et comment est née l’idée de ce roman ?

À la base, je voulais écrire un livre sur le mystérieux métier de domina, et utiliser ce prime pour donner un point de vue inédit sur la société et le féminisme. Me trottait dans la tête la question subversive : si les françaises exigeaient de faire payer le travail gratuit dévolu aux femmes depuis toujours, notamment le sexe, que se passerait-il ?
Pour porter ce sujet, une domina s’impose avec évidence surtout si elle s’implique dans une campagne présidentielle. Ce qui donne tout de suite un fort potentiel romanesque et burlesque. De plus, il me restait quelques souvenirs du milieu politique.
Sur la forme, j’ai opté pour un roman dialogal un peu comme une pièce de théâtre, parce que le BDSM et la politique sont des milieux avec beaucoup de mises en scène. Quelque part, le premier est la parodie du second.

Clarifions un instant : qui parodie qui ? Le BDSM parodie la politique ? C’est pas plutôt le contraire ?

Oui ! C’est un peu comme les gangsters et les films de gangsters. À force, la caricature finit par influencer la réalité qui devient de plus en plus caricaturale.

C’est beau comme les idées s’éclaircissent grâce au débat du blog suprême.
Tes personnages évoluent au cours du récit : BéatriX de Cravachon semble hésiter entre l’esprit potache du tweet initial qui lance sa campagne involontaire et la prise au sérieux de toute cette histoire d’élections. Tu choisis laquelle des deux voies, toi : potache ou sérieuse ?

Foutu pour foutu, autant se marrer !
Le pouvoir corrompt quasi systématiquement. Même la plus potache des potaches mon héroïne tombe dans le piège. Dès qu’elle commence à se prendre au sérieux et à croire qu’elle a un destin, c’est fichu, les conneries s’enchaînent.
Ce qui pose selon moi la question : comment administrer un pays en limitant au maximum la maladie mentale de nos dirigeants, la fameuse « ivresse du pouvoir » comme on dit poliment, qui alimente le grand cirque de « l’actualité » et les souffrances qu’affronte en ce moment la France. Cela est aussi valable à l’étranger, je pense aux Etats-Unis par exemple, mais j’avoue que les Français prennent chers en ce moment.

Je fais mien ton aveu.
Quant à Oignon, autre personnage principal de ton récit, il évolue vers une forme d’ascèse (je n’en dis pas plus pour éviter de gâcher le plaisir des millions de lecteurs du blog suprême qui vont lire ton interview puis acheter ton livre).
Est-ce que ces réflexions profondes sur le psychisme des personnages ont fait partie de ta préparation à l’écriture de Abusive ?

Ah oui bien sûr ! Je me fais une petite fiche pour chaque personnage, je leur invente un passé et une trajectoire en mélangeant des vécus de personnes autour de moi, ou bien en m’inspirant de livres, de la presse et des réseaux sociaux.
Pour Oignon, le soumis de BéatriX, j’ai voulu mettre en lumière le mal-être du mâle dominant complètement largué. La particularité du système vicié de notre société, c’est qu’il pourrit la vie des plus faibles, mais il ne permet pas non plus au plus aisés de nager dans le bonheur. Même si je reconnais qu’il vaut mieux être malheureux en pétant dans la soie.

Moi aussi j’ai un pyjama en soie, c’est fort cosy.

Satin ou organza ?

Tsssssssssss, quelle curieuse 😏
Au fait, c’est quoi le message de ce titre, « Abusive » ? Je croyais que le consentement c’était très important et structurant dans le monde du BDSM… j’ai mal compris ?

Mon héroïne BéatriX de Cravachon devient abusive uniquement quand elle se prend au jeu de la politique dans une société est elle-même abusive. Ce qui fait passer le BDSM pour un truc de Bisounours puisque, dans ce milieu, le consentement est nécessaire y compris pour « se faire abuser » dans le cadre de jeux.

À la réflexion (Oui je sais, on est dimanche et il fait chaud…), est-ce qu’il ne vaudrait pas mieux promouvoir l’anarchie au niveau du sociétal pour mettre tout le monde d’accord ?

Peut-être qu’il faut en passer là un moment. Aujourd’hui, il y a davantage de mouvement au niveau populaire qu’au niveau institutionnel. Dans mon livre, les femmes sortent du jeu de manière extrême, c’est normal c’est un roman burlesque. Mais c’est déjà le cas de manière invisible, elles ne veulent plus travailler dans le soin ou le social pour des salaires de misère par exemple. « On se lève, on se casse ou on fait raquer ! »
À un moment, si elles sont de plus en plus à ne plus se laisser faire, le monde va devoir s’adapter.

Ton livre explore entre autres thèmes forts de ce début de siècle l’humilité, l’humiliation, la volonté de se faire humilier… Que pouvons-nous espérer de la soumission ? (c’est pour un ami)

Dans le cadre du BDSM, la soumission est un moyen d’apprendre à faire la différence entre l’humilité et l’humiliation. Si tu n’es pas humble, tu seras humilié. N’oublie pas de le dire à ton ami.

Merci pour lui, je transmets de ce pas 🙏🏻
Depuis que tu connais Maître Roger, comment ta vie a-t-elle changé ?

Je me bidonne encore un peu plus.

Vous êtes nombreux•ses à avoir rapporté de tels symptômes #monanalyse

Alors il doit y avoir du vrai là-dessous...

Il y a toujours du vrai dessous.
Tu l’ignores peut-être mais la publication de ton interview dans le blog suprême va profondément influencer le cours de ta vie, tu seras désormais une star, les gens seront nus dans la rue et réclameront l’aumône d’un regard de toi. Comment te prépares-tu à ça ?

Pour passer incognito, je vais me coller une fausse barbe, comme ça on me confondra plutôt avec Georges Moustaki (paix à son âme).

Et tu pourras chanter « Ma liberté », ça t’ira bien, je trouve #monanalyseapprofondie

Ah oui ! Est-ce que tu as une gratte pour m’accompagner ? C’est bientôt la fête de la musique.

Oui, j’ai ce qu’il faut. À nous la gloire populaire à l’angle de la rue des Dames avec la rue Truffaut !
Après toi, de qui aimerais-tu prochainement lire les interviews dans le blog suprême ?

Maryssa Rachel et Clarissa Rivière, des amies et autrices transgressives chacune dans leur style.

Et comment je fais pour les contacter ? Tu peux m’introduire ?

Je t’introduirai avec grand plaisir !

Plaisir partagé 🙏🏻
Quelle musique as-tu écoutée pour répondre à ton interview ?

L’album Nomad Shank de Youthie et Macca Dread, qui mêle dub, trompette, jazz cubain et musique des Balkans. Je passe pour une joueuse de mölkky du Canal Saint-Martin, tant pis !

Il s’en passe des choses au bord du Canal Saint-Martin…
Et Sade, dans tout ça ?

Il n’y a pas de BDSM dans les écrits du « divin marquis » dans la mesure où il n’y a pas vraiment de consentement. Mais Sade est plus que jamais d’actualité. Déjà, il a donné son nom au sadisme, puisqu’il a démontré que le désir humain avait une composante abusive, violente voire criminelle. Nous pouvons tous les jours le constater dans l’actualité.
Par ailleurs, Sade met en évidence le fait que l’être humain est toujours prompt à avoir de la dévotion pour quelque chose. Dans notre époque troublée où beaucoup d’individus préfèrent le confort de la soumission, on peut s’inspirer de l’insoumission de Sade.
C'était l'interview de Valérie Branko
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